Cher-e-s Ami-e-s du Yoga !

A nouveau, nous vivons une nouvelle vague de chamboulements sur les plans sanitaire, social et émotionnel où nous sommes balloté-e-s entre l’ombre et la lumière. Nous sommes tiraillé-e-s entre le souhait de nous réunir pour les fêtes de fin d’année avec nos collègues, proches, ami-e-s et famille – une perspective de lumière chaleureuse – et les injonctions de prudence, de distance, voire d’anxiété pour raisons sanitaires, qui s’ajoutent à un mois de décembre plutôt couvert et brumeux – une sorte d’ombre froide et pénétrante qui plane

L’hiver est la saison de kapha dosha selon l’ayurveda. Kapha est composé des éléments – mahabhutaterre et eau. Cette bioénergie devient dominante, ses caractéristiques sont l’onctuosité, le froid, la lourdeur, la lenteur, la stabilité, mais également la douceur et le moelleux. Mais kapha procure à la nature – et à nous aussi – cette force fondamentale qu’est la cohésion.

Télécharger l’article en tant que pdf

2021 12 Hiver – jeu d’ombres et de lumières

pleine lune sur Champéry

Chesières – Villars, décembre 2020

L’hiver est la saison de raccourcissement des jours et d’allongement des nuits. Le climat devient rude avec les températures basses. Le froid donne cette impression que les choses se figent, d’ailleurs l’élément eau se présente sous différentes formes: pluie, brume, brouillard, givre, gel, neige…
La terre se met au repos, les arbres sont nus et la sève se retire. Les animaux et les humains ont tendance à se mettre à l’abri, voire en hibernation.

C’est l’enseignement de la Mandukya Upanishad avec mon instructeur André Riehl, www.nidrayogainternational.com, qui m’a incitée à rédiger cet article en reliant l’hiver à notre sensibilité en relation avec ces jeux d’ombres et de lumières, pas seulement extérieurement… Cette saison nous invite à l’intériorité, l’immobilité et un retour sur Soi, mais parfois aussi dérape vers la morosité, la dépression ou la perte de soi…
Nous expérimentons avec intensité, dans notre corps et notre esprit ce lien étroit entre microcosme et le macrocosme – entre l’humain et l’Univers, notamment l’absence ou la présence de lumière et d’obscurité. Nous sentons le lien avec les astres, les règnes minéral, végétal, animal et les éléments dont nous parle l’Ayurveda: terre, eau, feu, air, espace…

source illustration Wikipedia : Représentation de l’homme et l’univers, miniature extraite d’un manuscrit du Liber divinorum operum de Hildegard von Bingen

Mais est-ce que cette saison d’hiver, grâce à la diminution de l’action et de l’agitation, nous aide à aller vers une perception plus vaste ?

Les enseignements nous disent que trop d’action est un obstacle et diminue la sensibilité et empêche l’attention. Suffit-il alors de juste ralentir un peu ?
Qu’est-ce que c’est cette attention ? On pourrait l’écrire « a-tension », c’est une attitude sans tension, large, qui se différencie de la concentration qui est focalisée sur un « objet ». L’attention est une perception vaste, la Conscience au-delà des dualités, une Conscience unitive.

La pratique de tout yoga, et en particulier du nidrâ, vise à nous amener vers cette Conscience en dépassant les substances essentielles pour aller vers nirguna. Le nidrâ appelle cet état turiya – le quatrième, le liant qui unit Tout. Pour le Sāṃkhya (système dualiste et athée) et le Yoga, nous naviguons entre les guna qui se répartissent en trois qualités essentielles :

  • rajas, l’énergie, les passions, la force, le désir, l’expansion,
  • tamas, l’obscurité, les ténèbres, la lourdeur, l’inertie, la rétraction,
  • sattva, la pureté, la vérité, le lumineux.

Ces trois guṇa, indépendants, s’entremêlent sans cesse dans la nature différenciée et leur action réciproque commande toute l’évolution de la matière. Il importe de cultiver sattva dans un premier temps, puis de le transcender ensuite.

Mais comment finalement dépasser les dualités, voire cette trinité ? Commençons simplement par prendre le temps de faire une méditation avec une bougie pour s’unir à cette luminosité ou en récitant la vibration OM, cela permet d’aller vers un état plus sattvique.

La Mandukya Upanishad et d’autres textes du yoga nous parlent de notre aspect solaire – surya et de notre aspect lunaire – chandra, l’action et l’immobilité doivent s’unir pour aller vers la perception plus vaste. Comme Shakti et Shiva – des divinités symbolisant les énergies fondamentales – qui s’épousent pour aller vers la Conscience unitive.
Dans l’iconographie indienne cet état d’unité est symbolisé par Ardhanishvara, le seigneur androgyne qui réunit les principes féminines et masculines.

pleine lune sur Champéry

Ardhanishvara, photo Museum Rietberg

La Mandukya Upanishad est un texte très court datant du 1er ou 2e centenaire avant JC., commenté par le sage Gaudapada (6e siècle). C’est un texte important dans le courant du Advaita Vedanta qui présente l’Univers comme Brahman, que le Soi existe et qu’Il est Brahman, – on pourrait dire plus simplement tout est dans le Tout – ainsi que les quatre états de Conscience – veille, rêve, sommeil profond et 4e état.

La syllabe sacré du OM y est explicitée avec ses quatre parties A – U – M et le silence comme ces quatre états de Conscience que nous visitons justement dans la pratique de nidrâ et de méditation.

Le mot « personne » vient du fait qu’à travers chacun-e de nous un son vibre. Cela sonne à travers soi, c’est l’appel du Soi… La vibration ou le son vient du silence et retourne vers le silence…

Une des manières de se défaire des conditionnements est de s’intérioriser en silence et de se pencher sur l’année écoulée : prendre conscience des répétitions volontaires ou inconscientes qui nous éloignent de notre nature profonde. Parce que la Conscience unitive dont nous parlent les textes du yoga n’est rien d’autre que cet être profond, ce Soi, cette étincelle divine qui nous habite – choisissez le mot qui résonne en vous…

Une amie chère, enseignante de yoga, Sian Grand, www.svapada.ch, m’a fait parvenir un outil intéressant qui nous permet de faire un bilan annuel et d’esquisser les perspectives à venir tout en restant au plus près du Soi.
Vous trouverez dans les liens suivants la brochure de 20 pages (en diverses langues et formats) qui a été élaborée par les volontaires de YearCompass et Invisible University International qui est un outil pratique pour faire cet exercice.

https://yearcompass.com/en/?utm_source=thunderclap-email-en#download

fr-FR-YearCompass-booklet-A4-printable

 

pleine lune sur Champéry

YearCompass

Je vous invite à faire cet exercice soit seul ou en groupe comme proposé. Je réponds ou échange volontiers sur vos questions et retour.

Même si la pensée, la parole et l’écriture que nous utiliserons relèvent du mental pour faire ce bilan, et donc fonctionnent forcément dans la dualité, chaque événement dans la vie peut être germe d’ouverture vers la Conscience et l’éveil.

Svadhyaya – la connaissance de soi et du Soi dans la pratique du yoga cherche à diminuer les conflits entre la lumière et l’obscurité en nous et dans nos relations. Nous avons tous des côtés obscurs qui nous ont été transmis d’une manière subtile, inconsciente et involontaire, par de milliers d’années d’humains en guerre, par des souffrances et des traumatismes vécus par nos grands-parents, parents ou nous-mêmes. Mais, il est possible prendre de la distance et grâce à l’observation de lâcher-prise et de laisser briller notre côté lumineux pour finalement se rapprocher du Soi.
Prenons soins de nous pour laisser jouer harmonieusement lumière et ombres à l’intérieur de nous comme dans la nature qui nous environne pour dépasser et unir les opposés dans la complétude…

Merci à tous ceux et toutes celles qui m’accompagnent dans mon chemin de yoga que ce soit en tant qu’enseignant-e, collègue, ami-e ou élève. Je vous souhaite de paisibles moments d’intériorité en cette fin d’année et remercions l’hiver de nous offrir cette opportunité pour nous pencher sur nous-même et aller vers notre Conscience.

Affectueusement Eveline